Interview de Laura-Ann Tassel, fondatrice de NoLimit

A Rouen, on fait une pause devant les vitrines de la nouvelle boutique d’opticien Le Lanchon, la curiosité est vive… La rumeur circule, un bijoutier se serait-il installé ? Après 7 mois de travaux sur mesure[s], les clients et la ville de Rouen jouissent d’une élégante métamorphose signée Laura-Ann Tassel de NoLimit, une entreprise dont elle est la fondatrice.
Nous avons rencontré cette femme de terrain au parcours atypique, à la personnalité singulière, une amoureuse du beau, des atmosphères et griffes personnalisées. Pour les lieux qu’elle transforme ou créé : l’indispensable alliance du plaisir des yeux, du plaisir d’y être et de la fonctionnalité, afin de bien y vivre ou travailler.

Magasin d'optique Le Lanchon à Rouen redécoré par Laura-Ann Tassel à l'origine du concept NoLimit.

Comment avez-vous débuté votre activité ?
Sans avoir conscience de l’issue, c’est tout un parcours de vie qui m’a poussé vers ce métier, car j’ai eu une autre vie active… J’ai été propriétaire de maisons, dont le critère d’acquisition se bornait à ce qu’elles soient toutes en piteux état !

Transformation intérieure du magasin Le Lanchon à Rouen grâce à NoLimit

Corner Salle d’Attente n°2

Animée d’une passion sans borne pour l’art de la mutation d’un lieu, l’expérience s’est tissée et un beau jour je me suis décidée à créer mon propre métier avec ses compétences spécifiques, hors des sentiers battus.

Le but : conjuguer l’assistance à maîtrise d’ouvrage et la scénographie. Mon idée, trop souvent oubliée, était de mettre les artisans en avant et au cœur de la rénovation, être des leurs le plus possible. Ils sont à eux seuls le maillon essentiel et s’unir à eux fait toute la différence !

Pour ancrer sérieusement cette aptitude et ambition, j’ai suivi une formation entrepreneuriale à l’ESSEC, un programme synonyme de rigueur et d’excellence.

Nouveau présentoirs à lunettes après transformation du magasin Le Lanchon à Rouen par Laura-Ann Tassel de NoLimit

En quoi consiste le projet NoLimit ?

Aujourd’hui NoLimit propose trois formules distinctes : la Création et Conception dans des univers déjà existants, l’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage – le cœur de ma démarche –, et la scénographie.

Je gère tout de front moi-même, je suis profondément passionnée et plutôt pleine d’énergie, avec un sens aigu du rigorisme et du détail. Cela me pousse à me rendre sur mes chantiers au quotidien sans y déroger.

Si le chantier est loin, alors je délocalise mon bureau pour y passer les quelques jours ciblés qu’il faut, toutes les semaines. En  cas de nocturne sur mes sites, jamais un artisan n’exécute sa mission sans que j’y sois. J’aime à dire que je suis chef d’orchestre… d’un orchestre.

Mon projet est celui du « Co-partenariat ». Je ne sous-traite pas, je ne gobe pas l’identité de mes intervenants, le seul contrat que j’ai avec mes équipes est purement affectif et moral.

Décoration etnique inspirée de voyage dans le magasin Le Lanchon à Rouen

J’ai pris le parti de ne jamais mettre en concurrence mes intervenants, ni même d’accepter ceux de mes clients. Je suis convaincue de l’erreur absolue de chercher à faire de leurs expertises un rabais, je leur suis fidèle et mon équipe l’est aussi. Nous sommes devenus complémentaires, nos alliances s’expriment sur le terrain : ils m’apportent leur expertise technique, moi la créativité.

Espace d'attente du magasin Le Lanchon à Rouen

Corner d’attente

Comment la rencontre avec Le Lanchon s’est-elle faite ?
J’ai rencontré François Demonchy, le gérant de la boutique Le Lanchon il y a quelques années au détour d’événements et d’inaugurations. J’ai immédiatement cerné l’homme et son concept à succès. C’est un entrepreneur animé d’une intuition artistique spontanée. On avait les bases fondamentales pour travailler ensemble.

Depuis 10 ans de mémoire, la boutique n’avait subi aucune refonte. Je me suis étonnée qu’une telle enseigne de renommée soit esthétiquement dissociée de son activité haut de gamme, de sa légitimité à se positionner telle une marque, car c’est ce qu’elle est à mes yeux.

A mon sens, c’était le moment de mettre l’accent là-dessus afin d’asseoir sa renommée construite sur une expertise unique en son genre dans l’univers de l’optique.

Il a fait appel à moi dans l’urgence, après avoir essuyé une déception auprès d’une professionnelle qui n’a pas su répondre à ses ambitions et désirs. J’ai pris le relais sans plus attendre et en cinq jours, nous étions en phase sur la veine stylistique et ses problématiques de budget.

Le parti pris est vite figé : créer un lieu où le sur mesure transpire, où le luxe se prolonge au-delà du produit. Il faut offrir à sa clientèle un lieu où s’éterniser est un plaisir confortable.

Nous avons désossé la boutique, zone par zone, François Demonchy ne souhaitait en aucun cas fermer les lieux, ce fut compliqué et lourd à gérer, en contrepartie l’expérience fut grisante et inoubliable ! C’était presque un événement local, les clients et passants ont pris part et ont vécu la métamorphose avec nous et auprès de nous.

Magasin Le Lanchon à Rouen avant travaux

Magasin Le Lanchon avant

Nouvelle espace d'accueil des clients dans le magasin Le Lanchon à Rouen

Magasin Le Lanchon après

En quoi travailler sur un projet de magasin d’opticien fût-il singulier ?
Décoration berbère chez les opticiens Le Lanchon à Rouen

Espace Berbère

Ce n’est singulier qu’en France ! Les boutiques d’opticiens sont entrées dans la danse en matière de références créatives ultra-novatrices. Pour moi, la lunette s’est mutée en un véritable accessoire de mode et de style, c’est tendance et luxe.

Le Lanchon a ce talent artistique d’offrir des sélections qui deviennent des collections à elles toutes seules.

Il faut dire que la lunette est un objet assez fascinant, elle met en exergue des talents stylistiques, des matières, des formes, des tons, des innovations technologiques… C’est une véritable source d’inspiration.

Quant aux espaces à remodeler, j’ai suivi les plans de circulation du magasin initial, il comportait trois zones distinctes jadis que j’ai « mariées » les unes aux autres. La « sensation » dans ces espaces avait beaucoup d’importance pour moi. J’ai mis l’accent sur le confort pour tous, un éclairage flatteur, ou encore des espaces de vente plus chaleureux.

Aujourd’hui ils ont tout loisir de flâner en ce lieu et de poser leur regard sur des petits trésors venus du monde entier. Quant à la scénographie, elle est sans doute unique et totalement imprégnée de ma culture des voyages. Il n’y a pas que des lunettes chez Le Lanchon, mais beaucoup d’autres choses à découvrir !

Nouvelle devanture du magasin d'optique Le Lanchon à Rouen

Crédit photo : Frank Waroc – Thomas Boivin

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