Denis Bellone se confie sur le métier de designer chez Morel

L’équipe de Lunettes Originales a interrogé Denis Bellone, designer chez Morel, pour découvrir les coulisses de la conception des montures.


Pouvez-vous nous raconter votre parcours personnel ?
Mon parcours est plutôt classique. J’ai fait un BTS design industriel, mais ce n’était pas un bon chemin à mon goût : le cursus était trop centré sur l’automobile. Je ne m’y plaisais pas. J’ai donc pris la décision de repartir vers des métiers plus orientés sur les arts graphiques, et je suis devenu graphiste pour une marque de lunettes indépendante. C’est un peu le hasard qui m’a fait entrer dans ce monde-là. J’ai découvert l’artisanat lunetier, et surtout un produit sur lequel on a un vrai pouvoir de création. Petit à petit, j’ai développé de la curiosité, puis de la passion. Et c’est ainsi que je me suis spécialisé dans ce secteur. Aujourd’hui, cela fait 3 ans que je travaille pour Morel.
Lunettes optiques modèles Lightec 3d de chez Morel

lunettes Morel – Lightec

En quoi consiste votre métier ?
Être designer, c’est un peu comme être une éponge. Il faut capter les signes d’une époque et les traduire dans des objets pour qu’ils soient désirables. Ce que j’appelle « signes », ce sont des tendances, pas nécessairement liées à l’optique. On doit voir plus loin : s’approprier des approches dans tous les domaines, des maniaqueries au niveau des formes, des couleurs, des matières…

En ce qui concerne la lunetterie plus spécifiquement, un designer doit satisfaire les attentes du public, tout en essayant de ne pas y répondre à 100% pour créer la surprise.

Monture optique double pont or collection 1880 du lunetier Morel

Lunettes 1880 – Morel

Il est important d’avoir un esprit d’exploration, de curiosité, et l’œil qui traîne en permanence sur les modes et les époques qui changent autour de nous. On ne doit pas s’arrêter à la surface des choses. Il faut aussi posséder une appétence pour la créativité. Et savoir admettre sa propre imperfection : c’est motivant de se dire que la plus belle lunette, c’est celle que l’on fera demain !

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Lunettes de vue noires modèle Nomad du créateur français Morel

Lunettes Nomad – Morel

Chez Morel, nous sommes une équipe de cinq designers. Nous cultivons tous nos propres chemins qui sont très variés, dans la mesure où nous avons plusieurs collections. Tout peut être source d’inspiration : le design automobile, le textile, la tapisserie… Nous vivons dans une époque d’une grande richesse culturelle qui met en lumière une formidable palette de talents ingénieux, autant pour les hommes que pour les femmes. Plus personnellement, j’aime m’inspirer de l’ameublement et de la musique.

Et puis, il y a le simple fait de pouvoir échanger avec les autres designers. Il est vrai que nous nous répartissons les collections entre nous, ce n’est pas un hasard si chacune d’elle retrouve ses propres codes d’une année sur l’autre. Ceci dit, nous nous « invitons » de plus en plus pour entretenir une vision d’ensemble. Travailler sur plusieurs collections, cela développe l’inspiration personnelle et oblige à avoir l’œil partout (lunettes modernes, masculines, féminines, haut de gamme, moyen de gamme, etc.).

Quelles sont les étapes de la création d’une monture ?
Quand on commence, on part forcément d’une page blanche. Le principe consiste à l’aborder en étant relaxé, sans idée préconçue de ce que l’on va faire. En général, je cherche à m’amuser en laissant une place à l’inattendu, une marge de surprise. Je travaille entouré de pièces et de chutes de lunettes que je manipule, tords, appose les unes sur les autres pour voir ce qu’il se passe.

Parfois, comme deux fils électriques qui se branchent ensemble, une connexion se fait et m’interpelle. C’est à ce moment-là qu’il faut entrer en profondeur. Je fais plusieurs essais, plusieurs combinaisons ; je jette beaucoup plus de choses à la poubelle que je n’en garde. Après le tri, les meilleures idées partent au prototypage. Il s’agit de savoir si cela nous plaît vraiment, si cela porte ses fruits. Personnellement, mon approche consiste à concevoir un produit fonctionnel sans que la technicité ne se voie : cela doit couler de source, paraître naturel et évident.

Jusqu’à cette étape, c’est un travail assez solitaire. À partir de là, quand on a une chose tangible entre les mains, on la confronte à l’avis des autres membres de l’équipe. On sort de la création isolée et on commence à se poser des questions en termes de marketing, de communication. Est-ce que la monture aura son public ? Est-ce qu’elle trouve sa place dans la collection ? Le but est toujours de confectionner un bel objet, parfaitement fini. Les lunettes, c’est quelque chose qui touche à l’intime. Ce n’est pas comme une chaussure, ou un pantalon. On les met sur le visage, elles sont donc au centre des attentions et des regards. Un millimètre d’écart, et tout change.

Lunettes solaires en bois style scandinave par Morel Lunettes

Lunettes Öga – Morel

Quels sont les modèles qui vous ont particulièrement marqué et pourquoi ?
Je pense au modèle Thalia, de la collection Koali, qui restera dans l’histoire de Morel dans la mesure où nous avions pour mission de lui donner un second souffle. J’avais fait le pari de proposer un positionnement plutôt à l’encontre de la tendance des branches larges, et même des codes internes. Nous avons repris l’ADN et les spécificités de la monture en y insufflant de nouvelles couleurs et un aspect minimaliste esthétique. L’objectif était de déclencher un effet « wow » tout en sobriété. Le produit final a séduit l’équipe, et cela nous a donné beaucoup de baume au cœur de voir que les retombées ont été très positives. Comme quoi, le risque paie parfois.

Il y a aussi 1880, une collection haut de gamme très raffinée à la fois intemporelle et actuelle, dans laquelle je suis particulièrement impliqué. Elle s’appuie en partie sur un véritable patrimoine historique, un héritage ancestral. C’est fascinant et très motivant de travailler sur des modèles avec les codes lunetiers d’autrefois, mais dans une éternelle démarche de revisite. Cet exercice consiste à ne pas se satisfaire de ces seuls codes, mais d’y ajouter de nouveaux ingrédients plus contemporains, plus modernes. Avoir une histoire authentique comme celle-ci est une vraie force, à l’heure où les marques cherchent parfois à fabriquer un peu trop le storytelling autour de leurs produits.

Qu’est-ce qui rend Morel unique ?
L’indépendance. À mon sens, c’est une de nos forces. Morel a beau être une entreprise ancienne et familiale, elle a su rester à l’écoute et ouverte sur l’extérieur. C’est une société tout à fait à l’aise dans le fait de naviguer dans plusieurs univers. Bien sûr, nous conservons toujours un niveau d’exigence élevé, mais nous n’avons pas de complexe à nous adresser au plus grand nombre, car nous abordons la question avec simplicité. Pour moi, c’est un régal de pouvoir jouir de cette liberté. Sans barrière, on se sent à l’aise et on sait se remettre en cause en gardant l’esprit ouvert. C’est pourquoi nous avons changé d’identité il y a peu. Ce n’est pas une tâche facile, mais c’est ce que nous aimons faire : oser, être dynamique, et chercher à donner le sourire.

Crédit Photo : Morel

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